Voici 10 choses que vous ne savez pas sur les gauchers.

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A contre-sens d’une société droitière

« C’est précisément cela qui fait que le gaucher est de fait contrarié, rebondit Joëlle Morice Mugnier. Même si on le laisse écrire de sa main gauche, il est contraint de s’adapter à un système droitier, où tout est fait, encore, pour être écrit, lu, voire même pensé de gauche à droite ».

Un système dans lequel le gaucher fonctionne « à l’envers » puisque son sens d’ouverture est naturellement le sens droite-gauche. D’où ce sentiment troublant, mais courant chez les gauchers, de raisonner à contre-sens, comme le décrit Macha, sur le forum : « Mon père est un gaucher contrarié. Moi, je me dis « mi-gauchère », parce que j’utilise beaucoup, aussi, ma main droite. J’ai remarqué que mon père a du mal à comprendre certaines choses ou les saisit souvent « de travers ». Il en est de même pour moi. Est-ce le fait d’être gauchers ? Oui, je pense en effet que l’on fonctionne différemment. Ma mère qui m’a appris certains travaux manuels, me disait toujours que je faisais tout à l’envers. »

Quant à BrestBreizh, elle se souvient : « Je me suis habituée à vivre dans un monde de droitiers qui exercent, à leur manière, une domination un peu sournoise, mais certaine. Mais enfant, je tournais les clés dans la serrure à l’inverse : je fermais pour ouvrir et ouvrais pour fermer. Il en va de même pour les fermetures éclair, les boutonnières, les tickets à passer dans le métro… la liste est longue !

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Des difficultés persistantes à l’école

Ces tracas deviennent bien plus graves quand on aborde les domaines cognitifs. « C’est souvent l’école qui révèle les difficultés principales du gaucher, résume la psychopraticienne. La plus courante et la plus visible, c’est l’écriture, avec notamment le problème du poignet cassé en col de cygne. Ecriture illisible, lenteur, crampes… Cela a beaucoup de conséquences sur leur scolarité. » Sans compte que dès la maternelle, il n’est pas rare de voir des enfants gauchers écrire spontanément de droite à gauche.

Gaucherie ou dyslexie ?

Autre grande difficulté : la lecture. « Pour le droitier, pas de problème : il lit et écrit dans son sens d’ouverture gauche-droite, rappelle Joëlle Morice Mugnier. En revanche, pour le gaucher, c’est problématique. Chez un gaucher de l’œil, par exemple, l’œil va être irrésistiblement attiré vers la gauche. Résultat : la lecture s’avère difficile, saccadée, avec parfois des problèmes de compréhension. J’ai ainsi pu observer, dans le cadre de ma pratique, que nombre de dyslexiques sont en réalité des gauchers de l’oeil. »

Les mathématiques, elles aussi, peuvent être sources de tracas. Car pour les gauchers, une opération ou une équation posée de gauche à droite peut sembler à l’envers. Impossible, par exemple pour certains, de concevoir que le résultat se trouve à droite alors qu’ils visualisent naturellement la solution… à gauche

Des difficultés psy

Plus étonnant encore, la gaucherie peut entraîner chez certains un véritable malaise psychique. Y compris chez ceux qui n’auraient pas été « contrariés » enfant. « Notre latéralité impacte notre représentation spatio-temporelle, décrypte la spécialiste. Quand on pense à notre avenir, à notre semaine par exemple, on visualise le passé à gauche et l’avenir à droite. Or j’ai déjà constaté que certains peuvent se retrouver bloqués dans leur élan de vie parce que, pour eux, la représentation de l’avenir est à gauche ! La solution ? Leur permettre d’en prendre conscience et d’investir l’espace droite-gauche. Cela suffit parfois à les débloquer sur le plan émotionnel. » Et la spécialiste de citer l’exemple d’une patiente littéralement bloquée dans l’espace unidirectionnel gauche-droite, et qui est allée mieux à partir du moment où elle a visualisé l’avenir non à droite… pas devant elle.

Se réconcilier avec sa latéralité

Un cas isolé ? Visiblement pas ! Découvrir et explorer sa latéralité, se découvrir gaucher, même sur le tard, réapprendre à utiliser sa main dominante, peut se révéler une véritable source de bien-être. Une expérience étrange, qui dépasse le seul domaine de l’écriture, que Carole, 47 ans, raconte un peu étonnée : « Je suis une gauchère très contrariée. Il y a 4 ans, sous l’influence de mon nouveau compagnon, gaucher lui aussi, j’ai commencé à lire des témoignages de personnes ayant essayé de se réapproprier leur latéralité à gauche. Ce qui était troublant (et que j’avais trouvé exagéré), c’est que certains avaient l’air de dire que leur vie avait changé. Alors j’ai essayé. J’ai réappris à écrire de la main gauche, plusieurs minutes par jour, en faisant des pages et des pages d’écriture, de chiffres, de lettres. Jusqu’à écrire couramment de la main gauche aujourd’hui. Le plus étrange, c’est que je me suis rendu compte que je gagnais en confiance, que je me sentais plus sûre de moi. »

Joelle Morice Mugnier confirme : « Même si l’écriture est un artifice, certaines personnes qui se découvrent gauchères racontent leur impression d’être passées, jusque-là, à côté de quelque chose de vital. Ce n’est pas étonnant, notre cerveau a besoin de fonctionner dans sa normalité, c’est-à-dire dans son sens d’ouverture. C’est pour cela que certains « contrariés », dès qu’ils retrouvent leur identité de gaucher et écrivent avec leur main gauche, gagnent très vite en estime d’eux-mêmes. Mais pour d’autres, ce n’est pas suffisant : il leur faut investir pleinement l’espace droite-gauche, leur sens naturel d’ouverture. »

Une méthode pour aller mieux

C’est une partie de ce que propose la latérapédagogie, la méthode que Joëlle Morice Mugnier a mise au point d’après sa pratique en cabinet, mais aussi son expérience personnelle : « Dans mon cas, par exemple, j’ai dû aller plus loin pour répondre à une recherche identitaire et d’équilibre psychologique. Ma solution ? Ecrire de la main gauche, mais dans mon sens d’ouverture, c’est-à-dire… de droite à gauche ».

Une écriture en miroir, intrigante pour les droitiers mais naturelle chez certains gauchers, et rendue célèbre par un certain Léonard de Vinci. « J’écris encore parfois de la main droite parce qu’en réalité, la main droite va bien avec le sens gauche/droite de l’écriture occidentale, poursuit la praticienne. Mais pour me faire du bien, pour mes notes personnelles, je m’autorise à écrire sur cahier de papier calque de la main gauche, de droite à gauche. Cela m’apporte un ressenti incroyable, je parle même d’une jouissance du cerveau. »

En réalité, nous disposons tous des deux sens d’ouverture, l’un dominant et l’autre pas. Mais en général, nous n’en exploitons qu’un. A tort, d’après la praticienne. « Même un droitier aurait intérêt à s’essayer à l’écriture inversée de la main gauche. Cela lui permettrait de stimuler une autre partie de son cerveau. Nous pourrions tous avoir pour ambition d’être ‘ambidextre du cerveau’, ou ‘équi-cérébral’. C’est-à-dire d’être capable de jongler avec nos deux hémisphères et de mobiliser les capacités de chacun ».

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Des gauchers plus créatifs

Ne dit-on pas d’ailleurs que les gauchers sont plus originaux, plus créatifs ? Une idée reçue ? « Non, répond la spécialiste, à cause de l’utilisation du sens conventionnel gauche / droite de l’écriture et de la lecture, ils font effectivement davantage travailler leur cerveau gauche, qui est davantage pour eux l’hémisphère de la créativité, de l’imagination, de l’intuition. »

De quoi créer un véritable sentiment identitaire, une fierté partagée. Sur notre forum, Carole évoque ainsi son compagnon, « gaucher et très (trop ?) fier de l’être. Il pense que notre minorité est plus douée pour certaines choses. Voire plus intelligente, plus originale. Il est très heureux de dire que nous sommes un couple de gauchers. »

Exagéré ? « Non, nous sommes toujours une minorité, analyse Joëlle Morice Mugnier. Nous avons souffert et essuyé bien des brimades. Alors aujourd’hui, oui, nous sommes fiers d’arborer notre gaucherie. C’est une manière de faire reconnaître la souffrance collective que nous portons encore et de faire évoluer les mentalités. J’ai été étonnée de découvrir que certaines personnes nous envient aujourd’hui notre créativité et même, paraît-il, une certaine élégance. »

A votre avis ? Les gauchers : en quoi sont-ils différents ? – Doctissimo a savoir ici

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