Amour passion : Pourquoi dure-t-elle seulement trois ans ?

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Amour passion : De l’affirmation de l’individu au sentiment de liberté, les passions, quelles qu’elles soient, contribuent au développement personnel.

Amour passionÀ 27 ans, Julie, vendeuse en boulangerie à Pornichet (Loire-Atlantique), est une passionnée. Mais qui se lasse toujours très vite. «Je sais que j’ai toujours envie de faire plein de choses différentes. Et une fois le but atteint, je me lasse». Passionnée de bien-être et de soins du corps, elle va même jusqu’à s’inscrire en 2014, en parallèle de son métier, dans une formation privée (et coûteuse) pour devenir prothésiste ongulaire. Avant de passer à tout autre chose une fois son nouveau diplôme en poche. Aujourd’hui, c’est dans la décoration qu’elle trouve son bonheur. Mais pour combien de temps ? «Je ne saurais pas dire pourquoi une telle lassitude aussi rapide. Mais je n’aime pas la routine», admet-elle.

sentiment de liberté

Julie n’est évidemment pas la seule dans ce cas. Nombreuses sont les personnes à se consacrer entièrement à une activitésur une durée limitée. Tous les domaines peuvent y passer : le sport, les arts et loisirs, la musique, la télévision, le cinéma, la cuisine… Une passion qui peut naître aussi rapidement que l’est un coup de foudre amoureux. Selon Sylvie Protassief, psychologue clinicienne à Paris, la passion découle de ce que l’on appelle en psychanalyse la «sublimation», c’est-à-dire l’idée selon laquelle nous transformons notre libido en autre chose. «Cette énergie que l’on a en nous est à la base sexuelle, et il faut l’utiliser d’une autre manière, par exemple dans le travail, les loisirs ou tout autre chose», rappelle-t-elle.

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Des cheminements identitaires

Passer d’un culte à l’autre peut toutefois cacher quelque chose. Ce comportement «peut s’expliquer par l’impossibilité à se fixer sur quelque chose. Il y a un sentiment persistant que ce sera mieux ailleurs, une insatisfaction permanente», ajoute la psychologue. Un besoin de changement qui n’est pourtant pas anormal et qui peut également s’expliquer autrement. «La passion est structurante des sociétés modernes. Ces sociétés valorisent beaucoup les cheminements identitaires. Avec ce goût de se remettre en question, de se redécouvrir en permanence et de faire des expériences. Il y a aussi cette idée de ne pas s’enfermer. On se dit par exemple : « Je me mets au karaté ou je m’essaye au chant et je vois ce que ça me fait »», explique de son côté Christian Le Bart, professeur des universités à l’IEP de Rennes et auteur du livre Les Fans des Beatles, sociologie d’un amour passion.

cheminements identitaires

Ces changements réguliers concernent souvent les plus jeunes, qui se cherchent encore une identité ou ne veulent tout simplement pas s’enfermer. «Que les passions soient éphémères peut avoir à voir avec les différents âges de la vie. Il y a une capacité de changement très caractéristique des jeunes générations, tandis qu’avec l’âge les passions se stabilisent. Il n’y a qu’à prendre comme exemple la passion des fleurs, du jardinage», note Christian Bromberger, professeur d’ethnologie à l’Université de Provence et auteur du livre Passions ordinaires : football, jardinage, généalogie, concours de dictée… (2). Les contre-exemples existent aussi, des jeunes gens transformant leur passion en métier.

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