Chez les femmes le risque cardio-vasculaire progresse très fortement.

Risque cardio-vasculaire

Risque cardio-vasculaire : Les évolutions du style de vie, stress et tabagisme en tête, sont responsables de cette « épidémie ».

Risque cardio-vasculaire : Si l’on vous dit « cœur de femme », cela vous inspire quoi ? Un de ces mots si datés et sublimes, mêlant romantisme, idolâtrie, paternalisme ou dédain – c’est selon – pour ce sexe qu’on ne dit plus faible ? « Le cœur d’une femme est une partie des cieux, mais aussi, comme le firmament, il change nuit et jour », aphorisme ciselé par Lord Byron (Don Juan, 1819-1824) ? Ou encore : « Cœur des femmes, abîme insondable ! », cette perle d’Alexandre Pothey (La Muette, 1870) ?

A défaut d’être insondable, le cœur féminin est longtemps resté insondé par le corps médical. « L’infarctus du myocarde est sous-évalué chez les femmes, car il est considéré comme une maladie masculine, caractéristique des hommes stressés au travail », relève le comité d’éthique de l’Inserm dans une vidéo de la série, « Genre et santé : attention aux clichés ! », mise en ligne fin octobre.

Ce document d’une minute trente met en scène un médecin généraliste face à une femme puis à un homme d’une quarantaine d’années. « Docteur, je ne me sens pas bien, je suis toujours fatigué(e), pas en forme » : ce sont exactement les mêmes symptômes. Que répond l’homme de l’art ? « Avec votre travail et vos enfants, c’est normal ! Je vais vous prescrire des vitamines et un peu de repos, et ça ira mieux », dit-il à sa patiente. Mais avec le patient, la rupture de ton est totale : « Votre fatigue est à prendre au sérieux. Je vous envoie chez un cardiologue. »

tabagisme

« Il y a dans ces préjugés de genre une origine sociétale et historique, analyse le professeur Xavier Jouven, cardiologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP, Paris). Avant la ménopause, les femmes étaient considérées comme protégées des maladies cardio-neuro-vasculaires par leurs hormones. Si bien que tout le monde – les femmes et leur entourage, les standardistes du Samu, le corps médical… – se disait, face à des symptômes plus ou moins évocateurs d’un infarctus : “ce ne peut pas être ça !” »

« Epidémie » d’infarctus … Risque cardio-vasculaire.

Mais le cœur des femmes, même jeunes, est devenu fragile. Au point que certains cardiologues parlent « d’épidémie » : « La progression du nombre d’hospitalisations pour un infarctus du myocarde chez les femmes de 45 à 54 ans est passée de + 3 % par an entre 2002 et 2008 à + 4,8 % par an entre 2009 et 2013 », résumait la professeure Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHU de Lille, présidente de la Fédération française de cardiologie (FFC), dans un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 8 mars 2016.

Chez les femmes de moins de 65 ans, cet essor a été de 19 % entre 2008 et 2013, versus 9,9 % chez les hommes de moins de 65 ans. Même s’il faut le souligner, les femmes de moins de 65 ans restent 4,5 fois moins touchées que les hommes de même âge : 4 756 infarctus hospitalisés en 2013, contre 21 552.

« Alors que l’incidence de l’infarctus régresse globalement, elle augmente chez les femmes jeunes. Cela nous interpelle », dit Xavier Jouven.

« Le 4 octobre, je marchais dans la rue quand j’ai fait un arrêt cardiaque », raconte Isabelle Lionne, 47 ans. Aide-ménagère, cette femme sortait d’une réunion avec son assistante sociale. « Je n’avais plus de pouls, il paraît que j’étais toute bleue. Une personne m’a fait un premier massage cardiaque. » Au CHU de Lille, elle reste une semaine en soins intensifs. Diagnostic : infarctus. « Avant cet accident, je n’avais aucun symptôme, sauf une immense fatigue que je traînais depuis des mois. De nature angoissée, j’avais aussi énormément de stress, lié à des problèmes financiers. Je n’avais pas d’hypertension, pas de diabète. Mais je fumais vingt à trente cigarettes par jour et je prenais une contraception orale. »

A son réveil, elle entame un sevrage tabagique efficace. Elle suit désormais un traitement médicamenteux musclé (aspirine à faible dose, anti-agrégant plaquettaire, bêta-bloquant, anxiolytique…). « J’ai eu des côtes cassées par le massage cardiaque. J’essaie de marcher, mais je suis épuisée au bout d’un quart d’heure. » En janvier, elle commencera un programme de réhabilitation cardiaque pour ré-entraîner son cœur à l’effort. « Si j’ai un message à transmettre, c’est de dire aux femmes d’être à l’écoute de leur corps. Mon intense fatigue était une sonnette d’alarme que je n’ai pas su entendre. »

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