Les révélations et les mystères sur cette audience dans la succession de Johnny.

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Audience : Récit de la première confrontation judiciaire jeudi entre Laeticia Hallyday, David et Laura Smet, au tribunal de Nanterre. Des agents de sécurité sur les dents, des avocats qui s’emportent, une volée d’informations inédites ! Le reportage.

Première audience : «Pauvre Johnny! Qu’aurait-il pensé de tout ça?» Ce jeudi, le hasard a joué un drôle de tour à Rachid. Le quinquagénaire assurait autrefois la sécurité dans les concerts du rocker. Ce 15 mars, il aurait dû être de repos et s’occuper de son épouse, victime d’un attentat à Alger au début des années 1990. Mais voilà: la société de sécurité qui l’emploie a eu urgemment besoin de ses services. Devant l’afflux de journalistes (plus de 120 reporters accrédités), le tribunal de grande instance de Nanterre a dû renforcer sa sécurité. Dehors, les premières télévisions sont arrivées dès 6 heures pour une audience prévue à 14h30.

Le hasard a donc voulu que Rachid soit chargé d’assurer la sécurité de la salle E, là où va se dérouler l’audience en référé opposant les avocats de Laura, David et Laeticia Smet. Les salariés du tribunal passent et repassent devant la porte. Aujourd’hui, c’est l’endroit où il faut être. «Nous n’avons pas du tout l’habitude d‘un tel cirque médiatique, confie l’un d’eux. Les seules fois où cela nous est arrivé, c’était avec Nabilla puis avec Jean-Marie Le Pen qui venait de se faire exclure du FN.» Un avocat, qui part plaider dans la salle voisine plaisante: «vous ne nous accueillez jamais comme ça d’habitude!»

L’heure tourne et l’excitation monte. Une dizaine de policiers débarque, pilotés par un éminent correspondant du ministère de l’Intérieur en blouson qui observe tout à distance. Dispositif imposant pour circonstances exceptionnelles. «La présidence du tribunal veut à tout prix éviter qu’un paparazzi se faufile pour prendre des photos pendant l’audience, nous glisse-t-on. Le monde de la justice est paranoïaque depuis que des photos volées pendant le procès de Mohamed Merah sont parues dans Paris Match. Si cela arrive ici, on risque tous d’être viré.»

mystères

12h24. Un avocat en robe arrive discrètement. C’est Jacques Verrecchia, l’avocat historique de Johnny Hallyday. «Celui qui a duré le plus longtemps. Vingt-cinq ans!», plaisante-t-il. Cette fois, il ne plaide pas. Il est venu en spectateur. Johnny, malgré leur séparation, il l’aimait beaucoup. 13h45. Les photographes entrent dans la salle vide prendre des clichés avant l’audience. Avec son plafond en forme de verrière et son parquet blond, la salle n’a rien de spéciale. Un photographe ressort et lance aux cameramen qui attendent leur tour: «ne bousculez pas la photo et les fleurs pour Johnny.» Peu après 14 heures, tout le monde s’engouffre dans la salle. Les places sont quasiment toutes occupées par les journalistes. Les fans de Johnny Hallyday ne sont pas là.

À gauche comme à droite, les deux premiers rangs sont réservés aux avocats. Hervé Temime, Emmanuel Ravanas et le bâtonnier Pierre-Olivier Sur qui représentent Laura Smet s’installent à droite. Et posent leurs dossiers rouge, bleu et jaune bien en évidence devant eux. Tout comme Carine Piccio et Pierre-Jean Douvier, conseils de David Smet. À gauche, on remarque Éric Lauvaux, avocat de Warner Music et de Décibel productions, ou encore Jean Ennochi, pour les éditions Warner Chappell. Ardavan Amir-Aslani et les autres avocats de Laeticia Hallyday arrivent juste à temps: à 14h19, onze minutes avant l’ouverture de l’audience. Au milieu de tous les ténors du barreau, Ardavan Amir-Aslani détonne. Il est le seul à avoir épinglé ses barrettes rouge et bleu sur sa robe. Sa Légion d’honneur, remise par Claude Bartolone, et son ordre du mérite. Un confrère persifle: «ce n’est pas malin, cela peut énerver les juges qui n’ont peut-être pas eu ces décorations».

Les révélations vont se multiplier

La sonnerie retentit. La salle se lève d’un bond. Trois magistrates font leur entrée. «La salle est sonorisée pour que tout le monde puisse entendre», explique la présidente Anne Beauvois avant de rappeler «qu’il est interdit de filmer et d’enregistrer». L’audience est ouverte. Pendant une heure, les révélations vont se multiplier.

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Les avocats de David et Laura Smet plaident en premier. Ils demandent le renvoi de l’audience. «Il y a beaucoup de documents qu’on ne nous communique pas et nous vous demandons non seulement de renvoyer l’audience mais également de sommer les avocats de Laeticia Hallyday de nous les communiquer», détaille Carine Piccio. Emmanuel Ravanas enchaîne: «Nous avons besoin de plusieurs documents que vous et nous n’avons pas: le nom du trustee [le propriétaire des biens, NDLR], l’acte de nomination, la liste des actifs dans le trust actuellement, celle des actifs en cours de mise dans le trust et enfin le ou les comptes bancaires de ce trust par lesquels doivent transiter les loyers de la villa à Saint-Barthélemy et ce pour apprécier les mesures conservatoires demandées.» Tant que la situation n’est pas éclaircie, Laura et David Smet demandent effectivement aux juges d’interdire à leur belle-mère de vendre les propriétés de Johnny Hallyday, de céder ses sociétés et de mettre sur un compte gelé, les loyers de la villa de Saint-Barth.

Johnny Hallyday, quelques jours avant son décès, avait réclamé à sa maison de disques Warner Music l’intégralité de son avance pour son dernier album

Rien d’exceptionnel selon Emmanuel Ravanas, qui se plaint d’avoir le plus grand mal à obtenir des documents cruciaux de la partie adverse. «Ces documents ont par contre été fournis à RTL, comme le dernier testament du 11 juillet 2014 que j’appelle testament RTL», tonne-t-il. Quand il les a enfin reçus, le 9 mars, il s’est aperçu que c’étaient des «pièces tronquées»: «Les annexes avaient disparu tout comme le nom du trustee». On apprend ensuite que Johnny Hallyday, le 22 novembre soit quelques jours avant son décès, avait réclamé à sa maison de disques Warner Music l’intégralité de son avance pour son dernier album, même si ce dernier n’était pas terminé. Avance qui lui sera accordée.

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