Animaux mutant : Ce bovin est une création de l’homme pour donner plus de viande, observez bien lorsqu’il se met à bouger.

bovin

LES « VIANDEUSES » SONT SOUMISES À LA SUPEROVULATION

L’avantage économique de ce gène, les éleveurs belges en tirent profit depuis les années 1960. A cette époque, seules quelques BBB possédaient le culard. Aujourd’hui, sur les 400 000 blanc bleu belges que compte le plat pays, toutes l’ont. « Nous avons façonné cette race en accouplant systématiquement les bêtes hypertrophiées musculairement, s’enthousiasme Philippe Collin, vétérinaire à Libramont. En France, quand une bête donnait naissance à un veau culard, elle était abattue. Ici, à l’inverse, on a exploité ce qui était considéré ailleurs comme une tare. »

Encore maintenant, les éleveurs belges s’activent à accroître le potentiel musculaire des bêtes en accouplant les plus robustes, « afin de donner naissance à des veaux qui produisent plus de steaks », explique Pierre Mallieu, le secrétaire général du Herd-Book, association des éleveurs de bovins de race blanc bleu belge. Un eugénisme contrôlé à travers diverses pratiques de reproduction artificielle.

Dans sa ferme ardennaise, Michaël Gallet emploie l’une de ces techniques. Afin d’augmenter la qualité et le nombre de ses « viandeuses », comme il les appelle, il les soumet à la superovulation. Cette pratique consiste à stimuler leurs ovaires. Les vaches produisent alors quarante ovules en moyenne par an, contre douze naturellement.

L’objectif ? « Prendre le patrimoine génétique d’une très bonne bête et le décupler en lui faisant faire dix veaux d’un coup », sourit-il. Ces ovules sont transplantés dans l’utérus de « vaches vulgaires, des mères porteuses », qui mettront bas par césarienne. Née dans le courant des années 1950 aux Etats-Unis, cette technique, marginale en Belgique – 1 % des naissances –, reste réservée aux « éleveurs de pointe, les plus mordus », estime Michaël Gallet.

la vache bleu belge

BOVIN : « LE PLUS IMPORTANT, C’EST LEUR APPAREIL GÉNITAL »

Autre technique de reproduction des « viandeuses », l’insémination artificielle. Plus répandue – environ 50 % des naissances –, elle consiste à « féconder les plus belles vaches avec la semence de taureaux d’élite », explique Benoît Cassart, fondateur du centre de distribution de sperme Fabroca, en Belgique.

Ces taureaux à la musculature disproportionnée ne vivent pas dans l’étable, mais dans des centres d’insémination où ils produisent jusqu’à 25 000 doses de sperme par an, conservées à moins 180 degrés dans l’azote. « Le plus important dans mes bêtes, c’est leur appareil génital. C’est de là que je sors la rentabilité de mon exploitation », souligne Michaël Gallet avant de fourrer sa main gantée de plastique dans l’utérus d’une de ses vaches porteuses, afin de vérifier la dilatation du col.

Aujourd’hui, 85 % du marché belge de la viande de boeuf sont fournis par cette race. Même si certains consommateurs la trouvent fade, la BBB fait des émules à l’étranger. En décembre 2013, la Chine a commandé plus de mille doses de sperme pour les transplanter dans les utérus de vaches locales. En 2013, cent embryons ont été envoyés en Namibie pour augmenter les muscles des nguni, une race très maigre.

EN CONCURRENCE AVEC LA CHAROLAISE OU LA LIMOUSINE

Et en France ? « Il y a une forte concurrence des autres races typiques du pays comme la charolaise et la limousine, affirme Laurent Savary, responsable de l’association Blanc Bleu de France. La BBB est encore jeune, mais depuis plusieurs années, elle est en progression et prend de plus en plus de parts de marché. » Il y aurait déjà plus de 25 000 blanc bleu françaises, néanmoins moins musclées que leurs sœurs belges.